Colin McGregor | Dossier Criminalité
Ziad est un homme de 51 ans, père d’un enfant, avec charme et un sourire. Un mec qui te regarde droit dans les yeux lorsqu’il te parle. Mais le 17 décembre 1995, il a participé à l’assassinat de deux personnes, dont une jeune fille enceinte de 15 ans. Un règlement de comptes entre gangs rivaux de Montréal-Nord et Saint-Michel. Un « drive-by shooting », une fusillade à la volée depuis une voiture. Le tout avec un Uzi, une mitraillette israélienne qui peut tirer 600 coups par minute, soit dix par seconde.
« Je suis dans une phase charnière », explique Ziad, qui a passé 27 ans derrière les barreaux à payer pour son crime. Aujourd’hui libre depuis 2022, il essaie de trouver un emploi dans le milieu de l’intervention.
Dans le cadre de son cheminement, Ziad Arradi a entamé un livre sur la façon dont un enfant de la classe moyenne, issu d’une famille d’immigrants rigoureux, peut tourner le dos à toutes les opportunités de vie non-criminelle, attiré par le glamour
et l’attrait de la vie de voyou. Moi, Ziad, soldat des gangs de rue, est le résultat de ses réflexions. Publié une première fois en 2010, l’ouvrage a été réédité pour coïncider avec la sortie de Ziad dans la communauté.
Écrit avec le chef d’équipe d’enquête à La Presse, Vincent Larouche, le livre est facile à lire, direct et, par moments, à glacer le sang avec sa franchise.
Avec le soutien de parents marocains travaillants, élevé dans le quartier du Plateau Mont-Royal, le jeune Ziad a eu la possibilité de reprendre l’entreprise familiale ou d’explorer un métier comme son frère ingénieur. Il parle cinq langues et a la parole facile et charismatique. Donc, il n’est pas dépourvu de talents monnayables.
Comme dans un film
Pourtant, l’attrait de la vie « comme dans un film américain » était trop fort. Les petits vols et la délinquance se transforment en vols et crimes plus importants. Il s’efforce alors d’être reconnu comme un « OG » (gangster, terme original en anglais) dans le milieu criminel montréalais. L’argent facile et les filles qui aiment les mauvais garçons sont des tentations trop puissantes pour être ignorées. Il est particulièrement ravi de mettre la main sur l’Uzi.
Une arrestation et une courte peine de prison à 18 ans ne firent qu’alimenter ses ambitions illicites, le mettant en contact avec des membres de plusieurs gangs derrière les barreaux, où il se fait des amis dans l’entourage des Master B., ancêtres des Bloods d’aujourd’hui. Suite à sa première arrestation, libre depuis moins de cinq mois, il commet sa fusillade. Il avait presque 20 ans. « Tout s’est passé en peu de temps. »
Une fois condamné à perpétuité, il continue ses activités criminelles derrière les barreaux. Mais après des années passées à vendre de la drogue et à se livrer à d’autres activités criminelles en prison, Ziad prend finalement conscience de la situation. Il commence à éprouver des remords pour les deux vies qu’il a enlevées lors de cette froide journée de -20 degrés Celsius, devant un rassemblement de gangs à Saint-Michel. Il commence à se reconstruire, retourne à l’école, obtient depuis sa cellule ses diplômes d’études secondaires et collégiales.
Au début, les responsables de son dossier n’y croyaient pas. Après tout, il s’agissait d’un criminel endurci, un excellent menteur, avec une tentative d’évasion à son actif. Mais il finit par se montrer suffisamment convaincant pour obtenir des permissions de sortie à la journée, escorté par des gardes, puis des sorties en groupe dans la communauté, ainsi qu’une libération conditionnelle dans un centre de transition.
« J’ai cru que j’allais mourir en prison », admet-il. « Tu acceptes ton destin et tu te dis que ça va finir comme ça. Je ne peux qu’être reconnaissant d’être sorti. Ce n’est pas facile. »
L’école en prison a été particulièrement importante pour son développement, dit-il. « Il faut être plus responsable. On discute davantage, surtout au CÉGEP, et il y a des échéances à respecter. On change de mentalité. On élargit ton esprit, ce qui ouvre la voie à une plus grande introspection. »
Se reconstruire hors des murs
Ziad a suivi une formation de charpentier-menuisier à sa sortie de prison. Mais aujourd’hui, il cherche une activité plus sédentaire. « Le sport m’a permis de survivre pendant mon incarcération », se souvient-il. « Quand on fait du sport, on fait la même chose partout dans le monde. C’était une échappatoire. » Mais son endurance sportive constante a ruiné ses genoux. Il ne peut plus travailler comme charpentier-menuisier.
Il y a eu de nombreuses victimes le jour de sa fusillade. Outre un jeune vingtenaire membre d’un gang et la jeune fille enceinte de 15 ans, il y a également eu le bébé de la jeune fille, mort-né. Il y a aussi eu les familles des victimes. Puis la famille de Ziad, qui a vécu l’enfer, traquée par ses voisins, ignorée par ses amis.
Il s’est maintenant réconcilié avec sa mère et son père qui, rongés par la honte, ne lui ont rendu visite que trois fois pendant toute son incarcération.
Lorsqu’on lui demande s’il a peur des représailles de certains des gangs dont il parle dans son livre, Ziad répond : « On ne peut pas vivre sa vie dans la peur. »
« C’est ma famille qui me fait avancer », affirme-t-il — celle dont il est né, et celle qu’il a construite. « En voyant mon fils grandir chaque jour et apprendre des choses, j’apprends aussi de lui. Être père est un défi. » Il anime des séminaires avec des écoliers pour les sensibiliser aux dangers du mode de vie criminel.
Son message aux jeunes : « Sachez qu’aucun d’entre vous n’est à l’abri de ce qui m’est arrivé. Nous sommes tous le produit de nos choix. Essayez de faire les bons, car un seul mauvais choix pourrait vous entraîner, vous et vos proches, dans un tourbillon de peines, de misère et de déceptions. »
Moi, Ziad, soldat des gangs de rue par Ziad Arradi et Vincent Larouche. Les Éditions La Presse, nouvelle édition, 2025, 212 pages.
Crédit photo : Colin McGregor
Autres textes sur Criminalité
- La Maison Orléans : Au cœur de la réinsertion
- L’héritage de Daniel Langlois
- Préjudices envers les personnes judiciarisées