Par L’équipe de Reflet de Société | Dossier Économie, Économie familiale
Depuis le 1er juin 2023, au Québec, la loi est claire : il est interdit d’embaucher un jeune de moins de 14 ans. Une mesure qui vise à protéger les enfants, à leur assurer un développement sain et une scolarisation sans entraves. Pourtant, cette règle suscite des interrogations, voire des frustrations chez certains jeunes et leurs familles.
C’est le cas de Clara Yelle, entrepreneure de 11 ans, fondatrice des « Clara Créa ». Pour elle, ce n’est pas l’âge qui devrait faire loi, mais l’intention, l’encadrement… et le désir d’apprendre tôt les ficelles de la vie.
Cadre gouvernemental
Selon le site officiel du gouvernement du Québec, l’interdiction de travailler avant 14 ans vise à éviter toute forme d’exploitation économique, d’atteinte à la santé physique et/ou mentale, ainsi que toute interférence avec le cheminement scolaire.
Seules quelques exceptions sont autorisées, notamment pour les jeunes artistes ou les enfants travaillant dans une entreprise familiale sous supervision parentale.
Le gouvernement souhaite ainsi « favoriser la réussite éducative » et « permettre aux jeunes de se concentrer sur leurs apprentissages, leurs loisirs et leur développement personnel ». Un jeune de moins de 14 ans ne peut donc ni occuper un emploi régulier ni recevoir un salaire, sauf dérogation très encadrée.
Mais dans un monde où l’entrepreneuriat juvénile gagne du terrain, cette règle rencontre des contre-exemples vivants. Et nous avons rencontré Clara Yelle.
6 ans de carrière
Clara Yelle n’a pas attendu l’adolescence pour se lancer en affaires. À 5 ans, elle participait déjà à La grande journée des petits entrepreneurs. Aujourd’hui, elle conçoit et vend ses propres bijoux, accessoires et gourmandises sous l’étiquette « Clara Créa ».
Bracelets, colliers, porte-clés, produits alimentaires, souvent en chocolat, et maintenant un livre jeunesse… la jeune fille s’est bâti un petit empire artisanal avec l’aide de sa mère, Annie.
« Je voulais avoir de l’argent, mais pas juste pour dépenser. J’ai appris que l’argent, ça ne tombe pas du ciel. Il faut travailler pour l’avoir », explique-t-elle avec assurance. Clara évoque aussi sa timidité d’autrefois : « Grâce à mon projet, j’ai appris à m’exprimer, à parler aux gens, à croire en moi. »
Son témoignage illustre l’un des paradoxes de la réglementation actuelle : comment concilier la volonté légitime de protéger les enfants avec leur désir d’apprendre, de créer et de bâtir, parfois dès le plus jeune âge ?
Élan et accompagnement
« Je ne suis pas d’accord avec l’interdiction », affirme Clara, sans détour. « Ce qu’il faut, c’est demander aux enfants s’ils sont obligés ou s’ils le font par choix. Et s’ils ont du temps et de l’intérêt, pourquoi ne pas leur permettre de le faire ? »
La maman de Clara abonde dans le même sens : « Tout repose sur l’accompagnement. Avec Clara, par exemple, on s’assoit ensemble pour regarder les ventes, les achats, les profits. Elle apprend des notions d’autonomie et de gestion. C’est de l’éducation financière. »
De fait, Clara ne vend pas tous les jours. Elle participe à des marchés locaux, gère une page sur Instagram et une autre sur Facebook, et vend principalement pendant La grande journée des petits entrepreneurs. À ses yeux, l’essentiel n’est pas de faire des profits, mais de bâtir quelque chose qui lui ressemble.
Modèle inspirant
Clara est inspirante. Son livre, paru en mai 2025, retrace son parcours de ses 5 à 11 ans. Ludique, pédagogique, il a déjà touché d’autres enfants. Il montre qu’on peut apprendre à budgétiser, à prendre des décisions, à épargner… bien avant d’entrer au secondaire.
La préadolescente donne aussi de l’argent à des organismes, économise pour aider sa mère à payer l’école secondaire dans laquelle elle aimera aller et planifie avec stratégie l’évolution de ses prix. « Même si je perds de l’argent parfois, mes produits sont durables. Je les garde dans ma réserve. » En effet, les perles et les fils ne périment pas. Et pour ce qui est de la nourriture, ça finira dans le ventre.
Quand on lui demande si elle veut transformer son projet en entreprise, elle répond avec un mélange de candeur et de maturité : « Je verrai. Je veux aussi être policière ou chanteuse ou danseuse. »
Au lieu de se demander « faut-il interdire le travail avant 14 ans ? », peut-être faut-il poser autrement le problème : « Comment encadrer, valoriser et sécuriser les élans des jeunes qui veulent entreprendre ? » Clara n’est pas une travailleuse salariée. Elle n’est pas exploitée. Elle n’abandonne pas sa scolarité. Elle expérimente, apprend, évolue.
Sa voix, comme celle de milliers d’enfants qui participent à La grande journée des petits entrepreneurs (plus de 10 000 chaque année), mérite d’être entendue. Non pour abolir les lois de protection, mais pour les adapter à une réalité où les enfants aussi ont des idées, des passions et des ambitions.
Clara, en guise de mot de la fin, ajoute : « Je dirais à un enfant qui a une idée de ne pas avoir peur. Essaie. Demande à tes parents de t’aider. Tu es capable. »
Photo Crédit : Clara Créa
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