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Tant qu’on n’en parle pas, ça n’existe pas 

Oumou Diakité | Dossier Sexualité

Lorsqu’un enfant victime d’agression sexuelle parle et que sa parole est minimisée, discréditée ou étouffée, il ne s’agit pas seulement d’un manque de reconnaissance individuelle.

C’est un échec collectif. Silencier la voix des victimes revient à nier la gravité de la violence qu’elles subissent, à favoriser l’impunité des agresseurs et à perpétuer une culture du silence qui entrave la justice et la prévention.

Puis, il y a, dans le silence, cette espèce de syndrome de l’inversion où la victime excuse l’agresseur et dédramatise l’événement. Et le témoignage de Jeanette en est une preuve.

Double victimisation 

Le premier danger de la silenciation est la revictimisation de l’enfant. Déjà marqué par l’acte d’agression, il doit ensuite affronter l’indifférence ou la méfiance de son entourage et des institutions censées le protéger. Ce rejet exacerbe son sentiment d’impuissance et de solitude.

Dans le cas de Jeanette, le refus de croire ces incidents sexuels de la part de sa mère a construit chez elle la croyance que la situation était raisonnable.

Ne pas être crue ou voir sa souffrance minimisée renforce des mécanismes de défense toxiques : certaines victimes intériorisent la culpabilité de l’acte subi, pensant que leur parole n’a pas de valeur ou qu’elles méritent ce qui leur est arrivé. Au moment d’être abusée, la personne développe une distanciation dans son corps pour éviter de ressentir à répétition son déplaisir…

D’autres développent une défiance généralisée envers les adultes, plus particulièrement les hommes, y compris ceux qui cherchent réellement à les aider. Bien heureusement, la figure paternelle de Jeanette fut un portrait d’amour et de réconciliation parentale.

Des études menées par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) montrent, par ailleurs, que les enfants victimes d’agressions sexuelles sont plus enclins à développer des troubles anxieux, des dépressions majeures et des tendances suicidaires.

Être contraint au silence contribue directement à ces conséquences psychologiques à long terme.

Ne pas être complice du silence

Si le silence des enfants victimes d’agressions sexuelles est souvent maintenu par des mécanismes sociaux bien ancrés : la peur du scandale, l’immunité des agresseurs, l’inconfort face aux éventuels impacts à la suite des témoignages de l’enfant et la souffrance de toute l’unité familiale concernée.

Mais chaque personne a un rôle à jouer. Il est crucial de créer un environnement où les enfants se sentent en sécurité pour parler, former les professionnels de l’éducation et de la santé à mieux repérer et traiter les signalements et réformer les procédures judiciaires pour qu’elles soient adaptées à la parole des mineurs.

Des avancées existent. La mise en place des Guichets d’Accès en Santé Mentale pour Adultes (GASMA) facilite l’orientation des victimes vers des services adaptés. Les nouvelles lois sur les infractions à caractère sexuel visent à améliorer la protection des mineurs. Le Bureau international des droits des enfants a développé un mode d’enquête et de témoignage adapté à l’âge de l’enfant.

Bref, pour briser le cercle du silence, il faut pouvoir reconnaitre, écouter, agir. Trois impératifs pour que ces enfants ne soient plus jamais contraints au silence. La responsabilité est collective. Et l’urgence : absolue.


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Oumou Diakité
Oumou Diakité
Oumou Diakité est journaliste, auteure et créatrice de contenus basée à Montréal. Issue d’une formation en communication plurimédia (IGC Business School) et détentrice d’un DESS en journalisme de l’Université de Montréal, elle développe une écriture à la croisée du documentaire, du narratif et de l’engagement social pour ses travaux journalistiques. Elle débute dans les domaines de la communication digitale et du marketing éditorial en 2022, notamment en tant qu’assistante marketing digital chez Ouest-France. Parallèlement, elle affine son identité de rédactrice engagée au sein du média Les Raisonné.e.s, où elle conçoit des campagnes centrées sur des enjeux de responsabilité sociétale, identitaire et environnementale. Elle y développe une approche sensible du branding éditorial en mobilisant des techniques d’écriture narrative et inclusive. Dès 2022, Oumou Diakité est nommée journaliste éditorialiste pour Metaverse Tribune, où elle couvre des événements professionnels, mène des entretiens et développe de nouveaux formats numériques. Elle rejoint en mai 2025 l’équipe de Reflet de Société / Journal de la rue comme journaliste terrain en traitant des sujets liés à l’inclusion, à la précarité et à la jeunesse, dans une perspective humaine et sociale. Et il y a bien d’autres thématiques. Auteure du recueil de nouvelles Journal (im)personnel publié aux éditions Le Lys Bleu, Oumou explore la scène artistique en signant une adaptation théâtrale de ce texte jouée à Montréal. Elle dirige en parallèle racont ars, un média personnel où elle documente, à travers reportages et portraits, les récits de vie et les mondes imaginaires souvent absents des grands circuits médiatiques. Oumou Diakité maîtrise le français (langue maternelle), l’anglais et l’espagnol (niveaux intermédiaires), sait lire et écrire l’arabe.
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