Le feu détruit plus que des maisons 

Oumou Diakité | Dossier Société, Économie

Au cœur de plusieurs quartiers populaires du Québec, les maisons de chambre en bois s’élèvent comme des refuges modestes mais essentiels pour des milliers de personnes. Étudiants, travailleurs saisonniers, personnes en réinsertion ou à faible revenu ont de plus en plus de difficulté à trouver un toit abordable dans un marché locatif de moins en moins accessible. 

Pourtant, ces bâtiments, souvent centenaires et peu adaptés aux normes modernes de sécurité, restent particulièrement vulnérables aux incendies. Chaque feu qui les ravage emporte avec lui des murs et des planchers, mais aussi une part précieuse du parc locatif accessible, aggravant la crise du logement qui frappe les populations les plus fragiles.

Un patrimoine social fragilisé

Les maisons de chambre, appelées aussi résidences de catégorie 1 dans plusieurs règlements municipaux, se caractérisent par leur division en petites chambres privées avec espaces communs partagés.

Elles sont souvent construites en bois, ce qui, en plus de leur conférer un charme architectural propre aux vieilles bâtisses, expose ces logements à un risque accru face au feu. Leur structure, souvent faite de cloisons fines et inflammables et parcourues d’installations électriques vieillissantes, rendent ces lieux particulièrement fragiles.

Dans plusieurs villes comme Montréal ou Québec, ces maisons sont des piliers du logement abordable. Elles accueillent une population diverse, souvent invisible, qui ne trouve pas sa place dans le parc locatif classique : jeunes travailleurs, migrants, personnes en transition vers une vie plus stable.

Ces logements jouent aussi un rôle social en créant des communautés souvent solidaires, où les locataires s’entraident.

Un risque omniprésent

Malheureusement, ces habitations en bois sont fréquemment la proie des flammes. Plusieurs incendies récents en témoignent, comme celui survenu en octobre 2024 dans le quartier du Plateau-Mont-Royal à Montréal, où une maison de chambre de 21 unités a été entièrement détruite, laissant une vingtaine de personnes sans toit. Parmi les sinistrés, beaucoup étaient en situation de grande vulnérabilité, certains risquant de basculer vers l’itinérance faute de solutions de relogement adaptées.

En 2025, une autre bâtisse en bois non loin de la station Guy Concordia a pris feu. Bien heureusement, il n’y a eu aucun blessé ! Les causes sont souvent liées à des installations électriques défectueuses, à la manipulation maladroite de sources de chaleur ou à des équipements vétustes.

Mais lorsque le feu se déclare, la rapidité de propagation dans ces maisons de bois est dramatique. L’absence fréquente de détecteurs de fumée fonctionnels, le manque de gicleurs, ainsi que des issues de secours insuffisantes aggravent encore la situation.

Témoignages au cœur du drame

Les incendies dans les maisons de chambres posent des risques majeurs pour les pompiers. « On n’arrive jamais en sachant exactement ce qu’on va trouver », explique Sylvain Charbonneau, pompier depuis 1998 et membre du Syndicat des pompiers et pompières du Québec. « On ne sait pas combien il y a d’étages, ni combien de personnes vivent à l’intérieur. »

Le feu détruit plus que des maisons 
Sylvain Charbonneau (Crédit photo au Syndicat des pompiers et pompières du Québec)

Selon lui, des rénovations non autorisées transforment souvent ces bâtiments en logements surpeuplés, avec des systèmes de détection parfois défectueux et des issues de secours difficiles d’accès. La structure en bois, l’âge des bâtiments et l’absence de coupe-feu compliquent encore les interventions. « En cas d’incendie, ces lieux deviennent de véritables pièges », résume-t-il.

Des organismes de défense du logement alertent depuis longtemps sur ce problème. Ils soulignent que ces incendies détruisent une part disproportionnée du logement social accessible. Chaque bâtiment détruit entraîne la perte d’unités rares, souvent irremplaçables dans des quartiers où la pénurie est sévère.

Une crise du logement amplifiée

Lorsque ces maisons disparaissent, les personnes qui y vivaient sont jetées dans un marché locatif déjà saturé. Les solutions d’urgence — hébergement en motel ou dans des refuges — sont temporaires et insuffisantes. La pression sur les logements abordables augmente. Les personnes les plus vulnérables risquent l’itinérance.

Par ailleurs, la reconstruction des maisons de chambre après sinistre est loin d’être automatique. Le coût élevé des matériaux, les normes plus strictes, et la rentabilité limitée de ce type de logement poussent souvent les propriétaires à transformer les terrains en condos ou en appartements haut de gamme.

Des solutions adaptées

Face à ces constats, plusieurs voix appellent à agir pour sécuriser ces maisons de chambre sans compromettre leur mission sociale. La mise à niveau des bâtiments en matière de sécurité incendie — installation de gicleurs (bien qu’il coûte des milliers de dollars), détecteurs, amélioration des issues de secours — apparaît comme une nécessité.

Mais les coûts de telles rénovations restent un obstacle majeur, notamment pour les petits propriétaires ou organismes à but non lucratif. Certains proposent donc d’instaurer des programmes publics de subventions ciblées, afin de préserver ce segment du logement abordable.

Une responsabilité collective

Il s’agit également de renforcer la prévention, par des campagnes de sensibilisation auprès des locataires et propriétaires sur les risques d’incendie, la manipulation du tabac ou des sources de chaleur.

Pour les municipalités, un équilibre doit être trouvé entre la conservation du patrimoine, la sécurité des bâtiments et les besoins sociaux. Trop souvent, les maisons de chambre en bois sont perçues comme obsolètes ou insalubres, alors qu’elles sont un maillon indispensable du filet social québécois.

Préserver ces logements, c’est préserver une part d’humanité et d’inclusion dans nos quartiers. Pour cela, il faudra conjuguer investissements publics, engagement des propriétaires, et vigilance collective pour que la précarité ne soit pas balayée par les flammes.

Photo en haut : Maison enflammée (Crédit photo : Vladimir Shipitsin)


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Oumou Diakité
Oumou Diakité
Oumou Diakité est journaliste, auteure et créatrice de contenus basée à Montréal. Issue d’une formation en communication plurimédia (IGC Business School) et détentrice d’un DESS en journalisme de l’Université de Montréal, elle développe une écriture à la croisée du documentaire, du narratif et de l’engagement social pour ses travaux journalistiques. Elle débute dans les domaines de la communication digitale et du marketing éditorial en 2022, notamment en tant qu’assistante marketing digital chez Ouest-France. Parallèlement, elle affine son identité de rédactrice engagée au sein du média Les Raisonné.e.s, où elle conçoit des campagnes centrées sur des enjeux de responsabilité sociétale, identitaire et environnementale. Elle y développe une approche sensible du branding éditorial en mobilisant des techniques d’écriture narrative et inclusive. Dès 2022, Oumou Diakité est nommée journaliste éditorialiste pour Metaverse Tribune, où elle couvre des événements professionnels, mène des entretiens et développe de nouveaux formats numériques. Elle rejoint en mai 2025 l’équipe de Reflet de Société / Journal de la rue comme journaliste terrain en traitant des sujets liés à l’inclusion, à la précarité et à la jeunesse, dans une perspective humaine et sociale. Et il y a bien d’autres thématiques. Auteure du recueil de nouvelles Journal (im)personnel publié aux éditions Le Lys Bleu, Oumou explore la scène artistique en signant une adaptation théâtrale de ce texte jouée à Montréal. Elle dirige en parallèle racont ars, un média personnel où elle documente, à travers reportages et portraits, les récits de vie et les mondes imaginaires souvent absents des grands circuits médiatiques. Oumou Diakité maîtrise le français (langue maternelle), l’anglais et l’espagnol (niveaux intermédiaires), sait lire et écrire l’arabe.

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