À Anne-Marie, ma mère alcoolique

Valérie, Vol14-2  Dossiers Alcool et drogue, Alcooliques Anonymes (AA)

Je n’avais que 11 ans. Presque chaque soir j’entends mes parents se disputer. Je ne comprends pas pourquoi. Pourtant mon père aime follement ma mère. Il lui a toujours offert tout ce dont elle voulait: vêtements, maison, bijoux…

Un jour, j’ai finalement compris ce qui se passait. Je me suis réveillée. Je suis descendue dans la cuisine. J’aperçois encore mes parents se disputer. Mon père m’a dit: «Regarde ta mère, c’est une alcoolique». Alcoolique, un mot que je ne connaissais pas encore. Je savais juste qu’à chaque fois qu’elle buvait des bouteilles brunes, elle devenait bizarre. Mon père se mettait toujours a lui crier après. Je le sais, car je me réveillais toujours à cause du vacarme qu’ils faisaient.

Ma mère était une femme de maison remarquable. Elle a toujours pris soin de mes deux jeunes soeurs et de moi. Elle ne consommait de l’alcool que le soir. Mon père lui avait totalement interdit de boire dans le jour quand il travaillait et qu’elle s’occupait de mes sœurs et moi. Cela a duré des mois. Ma mère buvait tous les soirs. Presque chaque fois, c’était la chicane avec mon père. Moi, toute innocente, j’étais persuadée que j’avais la mère idéale… Jusqu’au jour où mon père est revenu de travailler. Ma mère était complètement ivre. Il a demandé le divorce…

Conséquences de l’alcoolisme

Toute ma vie venait de chambouler. Je venais de perdre la belle maison où je vivais depuis près de 5 ans pour aller vivre dans un appartement minable à Montréal. Je venais de perdre ma meilleure amie. Je devais changer d’école pour ma dernière année du primaire. C’était beaucoup en même temps pour une jeune fille de mon âge… Tout ça pour aller vivre avec une mère alcoolique qui ne travaillait pas et dont le seul revenu était le chèque de bien-être social et les chèques de pension pour mes sœurs et moi.

Je n’avais que 12 ans. Je devais m’adapter à ma nouvelle vie. Ma mère s’est fait un nouveau copain. Il est venu habiter avec nous. Encore là, je devais m’adapter à lui.  Par chance, c’était une bonne personne. Il était plus jeune que ma mère. Il ne consommait rien. Il s’occupait souvent de mes soeurs et moi quand ma mère était ivre.

Alcoolisme: impacts sur la famille

Malheureusement, lui non plus n’a pu endurer cela. Après quelques mois, il a décidé de quitter ma mère. J’étais maintenant seule avec mes soeurs et une mère alcoolique, toujours ivre. Quand je revenais de l’école, je faisais à manger à mes soeurs, je leur disais de prendre leur bain et finalement je les bordais dans leur lit. C’était définitivement beaucoup trop pour une jeune fille de 12 ans. Alors, après quelques mois, j’ai pris l’initiative d’appe-ler  la protection de la jeunesse.

Mon père n’a eu d’autre choix que de prendre notre garde, malgré tous ses pro-blèmes financiers. Depuis le divorce avec ma mère, il avait fait faillite et perdu son travail. Il est allé travailler pour sa soeur qui avait une quincaillerie à Saint-Hyacinthe. Le temps qu’il trouve un appartement convenable, mes soeurs et moi avons été séparées pendant plusieurs semaines. J’habitais chez ma tante avec mon père. Mes soeurs étaient chacune chez leur marraine respective. J’ai dû changer d’école en plein milieu de ma 6e année… Pas juste d’école, de ville aussi. Les enfants étaient très méchants avec moi. Je venais de Montréal,  j’arrivais en plein milieu de l’année scolaire.

Tout a commencé à aller mieux quand mon père a trouvé un bel appartement et que je suis entrée au secondaire. Une nouvelle vie débutait pour moi. J’allais enfin vivre normalement, comme tous les enfants de mon âge. Mon père nous a élevées jusqu’à aujourd’hui. Cela a sûrement été très dur pour lui. Mais il a fait un excellent travail. Jamais je ne serais devenue la personne que je suis aujourd’hui sans lui. J’aimerais le remercier d’avoir toujours été là pour moi et lui dire que je l’aime…

Malheureusement, ma mère est toujours alcoolique. Après 10 ans. Personne ne peut l’aider. Elle doit prendre la décision d’arrêter de consommer par elle-même et faire les démarches  pour atteindre son but. Quand ce jour viendra-t-il? Personne ne le sait. Jusqu’à maintenant, elle a perdu son mari et ses filles à cause de l’alcool.

Peut-être un jour vais-je retrouver ma mère. Malgré tout, je t’aime…

Abonnement au magazine Reflet de Société

magazine revue journal édition journalisme presse écrite communautaireInternet-o-thon pour soutenir le magazine communautaire Reflet de Société édité par le Journal de la Rue. C’est le temps de vous abonner pour montrer votre soutien à votre revue sur l’actualité communautaire et sociale. Toute contribution supplémentaire pour soutenir notre cause est la bienvenue.

Pourquoi s’abonner à Reflet de Société?

  • Le citoyen est au cœur de notre mission
  • Un regard différent, critique et empreint de compassion sur les grands enjeux de société
  • Un espace ouvert aux lecteurs pour prendre la parole, partager leurs expérience et faire progresser les débats
  • Un magazine d’information entièrement indépendant, financé par ses milliers d’abonnés aux quatre coins du Québec
  • Tous les profits générés par la vente de Reflet de Société sont remis à l’organisme Journal de la Rue qui offre des services de réinsertion sociale aux jeunes.

Par téléphone: (514) 256-9000, ext.: 1-877-256-9009 Par Internet:http://www.refletdesociete.com/abonnement.html Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Lettrage, bannière et T-Shirt promotionnel.

Soyez le premier à commenter