Frédérique Lapointe | Dossier Culture
Créé en 2016, Pixel d’étoile célèbre ses dix ans d’activité. À travers la danse, l’édition, le théâtre et le cinéma, cet OBNL fait converger les disciplines artistiques dans un carrefour d’apprentissage et de fiction.
Les œuvres, principalement conçues pour les enfants, permettent de s’évader dans une réalité utopique tout en gardant les pieds sur terre grâce à des thèmes universels. Retour sur une décennie peuplée de mondes imaginaires, portée par des valeurs de paix, d’amour et de tolérance.
L’univers de Pixel d’étoile met en valeur des histoires d’inclusivité, d’acceptation de soi et d’amour sous toutes ses formes. Afin d’illustrer ce portrait, Alain Lessard, cofondateur et directeur de l’OBNL, décrit certaines de ses réalisations phares.
Parmi ses pièces figure « Dunort » (montée pour la première fois en 2015), l’histoire d’un garçon qui souhaite attraper des étoiles. À travers des personnages qui représentent la vie et la mort, « Dunort » est une célébration qui invite l’enfant à croire en lui-même et en ses rêves.
Célébrant la beauté dans la différence, la pièce « Océane » (2018) est centrée sur une jeune fille sourde et muette. Depuis sa naissance, celle-ci pleure à tout rompre et se retrouve à deux doigts de noyer son village sous le flot de ses larmes. Enfin, la plus récente production de Pixel d’étoile, « Ficelle » (2023), tisse le récit d’un garçon plus léger que l’air, retenu par une ficelle, tel un cerf-volant. Une histoire d’inclusion, de différence, de courage, d’amitié, qui mélange le théâtre et le cinéma.
Par ailleurs, les activités de l’OBNL ne se résument pas aux arts vivants. « Les aventures de Saint-Parlabas », une collection de contes, se déclinent aussi sous la forme d’albums illustrés, notamment « La soupe aux bobettes », publié en mars 2026. Avec humour et douceur, Alain Lessard aborde dans ce livre l’importance du lien intergénérationnel.
La forme autant que le fond
Alain Lessard explique l’équilibre que Pixel d’étoile tente d’établir entre spectacle et message, notamment grâce aux côtés multimédia et interactif de ses œuvres. Ainsi, lorsqu’un personnage est mis en scène, celui-ci interagit avec son public comme s’il s’agissait d’un personnage, « au même titre que les comédiens », décrit Alain. On marque des temps de pause, on laisse de la place pour les rires. « On est très organique dans notre façon de faire », explique-t-il.
La troupe expérimente en outre d’autres manières de raconter des histoires. « Ce qui est intéressant avec les technologiques récentes, dit Alain Lessard, c’est qu’au-delà du côté nouveau et rafraîchissant, on peut voyager rapidement. »
D’une toile à une autre, les lieux changent, du village de Saint-Parlabas en passant par un lac et une forêt située non loin. Ces visuels, couplés avec une trame sonore orchestrale, se dévoilent comme des pièces cinématographiques avec des personnages en temps réel.
Depuis 2024, l’équipe de Pixel d’étoile développe également un concept de théâtre à 360 degrés, décrit par Alain comme « un anneau de 300 écrans à l’intérieur duquel les gens peuvent vivre une expérience 100 % multimédia et interactive. »
Pixel d’étoile désire donc refléter les obstacles de la vie dans une ambiance parfois humoristique, parfois éducative. « On veut transmettre cette brillance dans les yeux des enfants pour les inviter à rêver beau, à rêver grand », dit le cofondateur. Ainsi, la création, la production et la diffusion de multiples œuvres interactives doivent être porteuses de sens. « On ne veut pas créer du “wow” pour faire du “wow”, on veut qu’il y ait toujours un message derrière. »
Et pour cause. En plus de cette offre audiovisuelle, l’OBNL met aussi à disposition des enseignants des cahiers d’activités numériques gratuits. « De plus en plus, des enseignants se servent de notre collection en classe. Les élèves reconnaissent les personnages récurrents. Les classes voient les pièces. » Ainsi, la démarche ludo-éducative se confirme : offrir des histoires à la fois fantastiques et ancrées dans notre réalité.
Des vies apaisées
Alain raconte avoir reçu des commentaires d’enfants qui disaient se rappeler de Saint-Parlabas longtemps après l’avoir rencontré. Pour lui, de telles réactions, « c’est notre salaire ».
Il raconte notamment l’histoire d’une jeune fille de sept ans qui a assisté à une représentation de la pièce « Dunort ». Avant la représentation, la mère de la fillette avait prévenu l’équipe technique que celle-ci était atteinte d’une tumeur au cerveau.
Pendant la représentation, la jeune fille a l’air d’apprécier la pièce. À la fin, elle demande à voir le personnage de la mort, personnifiée par un masque et un chapeau haut de forme. Le comédien se rhabille donc dans son costume, va à la rencontre de la jeune fille. Celle-ci touche sa cape et discute avec lui. À la fin, elle dit : « Merci, ça m’a vraiment fait du bien. Je sais que la mort viendra me chercher bientôt. Je lui ai demandé de venir me chercher en douceur. » Après la pièce, elle était plus légère, plus rayonnante, plus lumineuse.
Jusqu’à l’école
En plus d’assumer ce rôle d’auteur et producteur, Alain Lessard fait également la tournée des écoles afin de rejoindre les jeunes. Il donne des conférences abordant des sujets tabous en milieu scolaire, tels que le suicide, l’intimidation ou encore l’anorexie. Détenteur d’un baccalauréat en psychologie de l’Université Laval, il n’hésite pas à nouer des liens forts avec les élèves afin de les aider à vulgariser leurs problèmes. Alain affirme que certains d’entre eux se sont confiés sur leurs pensées suicidaires. Des intimidateurs sont même venus le voir, car ses conférences leur faisaient réaliser l’impact négatif qu’ils avaient sur leurs victimes.
« Je les trouve beaux, les jeunes », affirme-t-il. « Je les trouve allumés, intéressants, passionnés et passionnants. J’ai de belles discussions, autant avec les petits de maternelle qu’avec les grands du secondaire. »
« Tout ça revient aux spectacles, au message positif, à l’espoir de faire une belle différence », conclut-il. C’est ainsi que, dans la vie comme dans la fiction, l’âme de Pixel d’étoile voyage et s’immisce dans le cœur des jeunes.
Photo en haut courtoisie de Pixel d’étoile
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