Oumou Diakité | Dossier Culture
Pendant trente ans, Maxime Guertin a écrit sans savoir si ses textes quitteraient un jour ses tiroirs. Avec Le Voyageur immobile, l’auteur transforme une histoire marquée par l’intimidation et l’enfermement intérieur en un récit de reconstruction, désormais offert au regard des autres.
Il y a des livres que l’on écrit pour être publié. Et puis il y a ceux que l’on écrit d’abord pour parvenir à se comprendre. Le Voyageur immobile appartient à cette seconde catégorie.
Pour Maxime Guertin, la publication de ce recueil ne constitue pas simplement une nouvelle étape dans un parcours littéraire. Elle vient clore — ou peut-être ouvrir — un cycle commencé il y a trois décennies, alors qu’il était encore adolescent.

Durant toutes ces années, l’écriture a accompagné ses questionnements, ses fragilités et son cheminement intérieur, parfois dans le silence le plus complet. Aujourd’hui, le voyageur accepte enfin de laisser ses mots voyager sans lui.
Écrire pour ne plus rester enfermé
L’histoire de Maxime commence au secondaire, dans un contexte marqué par l’intimidation et une estime de soi profondément fragilisée. À 14 ans, il entreprend une thérapie qui s’étendra sur plusieurs décennies. Parallèlement, il commence à mettre par écrit ce qu’il traverse.
Quelques années plus tard, la poésie vient transformer cette démarche. La découverte de Saint-Denys Garneau, de Rimbaud et de Baudelaire, entre autres, lui fait entrevoir une autre possibilité : celle de ne plus seulement raconter sa souffrance, mais de lui donner une forme.
Les mots deviennent alors un territoire. Un territoire que Maxime explore, quitte, retrouve et remodèle au fil des années.
Certains textes sont ainsi réécrits des dizaines de fois, parfois jusqu’à une centaine de versions. Une exigence qui témoigne de la patience nécessaire à la construction du recueil. Le Voyageur immobile n’est donc pas le fruit d’une inspiration soudaine, mais celui d’un long dialogue entre l’homme qu’il était, celui qu’il est devenu et celui qu’il continue de chercher.
Cinq étapes pour sortir de soi
Le recueil est organisé en cinq mouvements : Condamnation, Éclosion, Évasion, Réparation et Affranchissement.
Ces cinq étapes donnent au livre une véritable trajectoire. Elles évoquent autant les différentes périodes d’une vie que les mouvements intérieurs d’une personne qui tente de se libérer de ce qui l’a longtemps définie.
La condamnation renvoie aux blessures et aux enfermements. L’éclosion marque l’apparition d’une voix. L’évasion ouvre la possibilité d’un ailleurs. Puis viennent la réparation et, enfin, l’affranchissement.
Le titre lui-même porte cette contradiction : comment être voyageur lorsque l’on demeure immobile ?
C’est peut-être précisément dans cette tension que se trouve l’essence du recueil. Pendant longtemps, Maxime a avancé intérieurement alors que certaines blessures semblaient le maintenir sur place. L’écriture lui a permis de parcourir des distances invisibles.
Un livre qui dépasse son auteur
Lors de son lancement, le stress de Maxime était palpable. Sylvain Turner, qui animait la soirée, a contribué à alléger l’atmosphère grâce à son humour et à sa présence. Jean-Simon Brisebois participait également à l’organisation, tandis que la chanteuse Blue apportait une dimension musicale à la rencontre.

Au-delà de la célébration littéraire, cette soirée révélait surtout l’importance du collectif.
Aux Éditions TNT, les parcours se croisent. Les auteurs se soutiennent, les artistes se rencontrent et les publications deviennent des occasions de créer du lien. Pour Maxime, présenter son livre dans cet environnement donnait une dimension supplémentaire à ce passage longtemps redouté : celui du texte privé au récit partagé.
Et le public semble avoir répondu présent. Des lecteurs lui ont confié s’être reconnus dans certaines pages.
Le recueil a notamment trouvé un écho auprès du milieu communautaire et a été remarqué dans le cadre de la Semaine de la santé mentale. Une réimpression au printemps dernier est venue confirmer cet intérêt.
Le livre est également disponible dans plusieurs bibliothèques collégiales, municipales et universitaires.
Transformer la blessure en passage
Si Maxime souhaite faire connaître son œuvre, son ambition va toutefois au-delà de la vente de livres. Il veut transmettre une idée simple : une histoire douloureuse n’est pas nécessairement condamnée à le rester. « Ça ne reste pas toujours noir », rappelle-t-il.
Cette phrase résume peut-être mieux que toute autre le mouvement du Voyageur immobile. Car le recueil ne cherche pas à effacer ce qui a fait mal. Il montre plutôt ce qu’il est possible d’en faire.
L’écriture ne répare pas tout. Elle ne prétend pas remplacer le temps, la thérapie ou les rencontres. Mais elle peut permettre de nommer ce qui semblait autrefois impossible à dire. Et parfois, nommer une blessure constitue déjà une manière de commencer à s’en éloigner.
Le voyage continue
Maxime ne compte pas s’arrêter là. Un deuxième ouvrage est prévu pour 2027. Cette fois, il souhaite explorer la poésie en vers et en prose dans une démarche plus collective, nourrie par son observation du monde.
Il refuse d’ailleurs de considérer ce projet comme une simple suite du Voyageur immobile. Ce sera une autre étape, un autre regard, une autre manière de poursuivre le mouvement.
En novembre 2026, l’auteur devrait également présenter son premier recueil au Salon du livre, poursuivant ainsi la rencontre avec les lecteurs.
Pendant trente ans, Maxime Guertin a écrit dans le silence.
Aujourd’hui, ses textes circulent.
Le voyageur est peut-être encore immobile, mais ses mots, eux, ont enfin pris la route.
Photo en haut : Le lancement animé par Sylvain Turner, poète et auteur. Crédit photo : Oumou Diakité
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