Frédérique Lapointe | Dossier Éducation et Médias
Vous avez sûrement vu passer la nouvelle : le 14 avril 2026, le président-directeur général de la maison d’édition Grasset, Olivier Nora, a été limogé par Vincent Bolloré. Par l’intermédiaire de son groupe Vivendi, le milliardaire devient propriétaire de Hachette depuis 2023.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. De nombreux écrivains de la mythique maison d’édition ont claqué la porte en signe de protestation, dont Dany Laferrière, Virginie Despentes et Frédéric Beigbeder. Dans une lettre ouverte envoyée aux médias français et signée par une centaine d’autres écrivains, ils ont qualifié ce renvoi d’« atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale et à la liberté de création ».
À noter que M. Bolloré a une forte emprise dans le milieu des télécommunications en France : il dirige un vaste empire médiatique qui comprend notamment la chaîne d’information en continu CNews.
Une telle ingérence politique et idéologique de la part d’un baron des médias est-elle possible au Québec ? Absolument.
Pensons à Québecor. Dirigée par Pierre Karl Péladeau, l’entreprise possède des actifs dans le secteur des médias écrits, audiovisuels, des télécommunications et de l’édition.
Pour n’en citer que quelques-uns : Vidéotron, Groupe TVA, QUB Radio, TVA Publications, le Journal de Montréal, le Journal de Québec, ainsi qu’une vingtaine de maisons d’édition (Libre Expression, Stanké, VLB, etc.). Par ailleurs, l’empire Québecor, par le biais de ses chroniqueurs, s’est campé dans un spectre idéologique proche de la droite identitaire depuis de nombreuses années, en plus de refuser de reconnaître le seul tribunal d’honneur de la profession journalistique, le Conseil de presse du Québec (CPQ).
L’information
Nous traversons une période de l’histoire où il n’a jamais été aussi facile d’avoir accès à l’information.
Médias sociaux, télévision, radio : nous sommes bombardés d’opinions, de chroniques incendiaires. En retour, nous avons la tâche ardue de faire le tri dans tout ce bruit. Dégager du sens de ce babillage ininterrompu relève du sport extrême.
Dans un contexte de crise climatique et d’exacerbation des inégalités sociales, et devant la montée en puissance de régimes politiques autoritaires, «l’infobésité » alimente un sentiment de désespoir. De surcroît, nous avons l’impression que les grands médias semblent indifférents, comme s’ils cherchaient à normaliser, voire à rationaliser le pire de ce monde.
Et si la raison derrière cette impuissance résidait dans la manière dont ce monde nous est expliqué, décrypté, analysé ?
Faites l’exercice. Un beau matin, allumez la télévision, ou ouvrez un journal à la section des chroniques.
Que retrouvez-vous ? Reconnaissez-vous ces visages ? Les avez-vous trop vus ? De quoi parlent-ils ? Ressentez-vous un sentiment de redondance par rapport aux sujets abordés ? Plus encore, comment interprétez-vous le langage employé ? Est-il optimiste, péjoratif, orienté vers une idéologie précise ? Que cherche à faire le chroniqueur ? Cherche-t-il à vous convaincre, à vous mettre en colère ?
Doutez
À première vue, vous ne trouverez pas toutes les réponses. En revanche, faites-en un premier pas dans votre entraînement. Développez vos réflexes. Diversifiez vos sources. Et surtout, permettez-vous, raisonnablement, de DOUTER ! Croyez-moi, en tant que journaliste, je sais de quoi je parle !
Consommer des médias, c’est aussi comprendre leur écosystème et le contexte dans lequel ils évoluent. En observant les empires médiatiques, de Québecor chez nous aux médias de Bolloré de l’autre côté de l’Atlantique, cette connaissance prend plus que jamais son importance.
L’éducation ne s’arrête pas après avoir quitté votre dernière salle de classe à l’école. Dans un monde qui baigne dans l’information plus qu’à n’importe quel moment dans l’histoire, une éducation aux médias devient nécessaire, de l’école primaire jusqu’à l’âge adulte.
Alors, si le savoir est une arme, soyez calibrés, soyez cultivés !
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