Frédérique Lapointe | Dossier Santé
Voici un extrait du serment professionnel du Collège des médecins du Québec : « J’affirme solennellement que je remplirai mes devoirs de médecin envers tous les patients avec conscience, loyauté et intégrité ; je conformerai ma conduite professionnelle aux principes du Code de déontologie; je serai loyal à ma profession et je porterai respect à mes collègues. » À travers ce serment d’Hippocrate, chaque médecin s’engage à servir toute personne qui a besoin de services de santé, sans exception et sans compromis.
Cet extrait prend aujourd’hui tout son sens. Notre monde crie, hurle de douleur, vit des guerres, des crimes contre l’humanité et des génocides. La vue du sang sur nos écrans est devenue banale, voire normale. Il est plus facile de détourner le regard, de déplorer les aléas malencontreux de la vie, plutôt que de poser une question simple : pourquoi tout cela doit-il être toléré ?
Il faut prévenir
À une époque aussi charnière que la nôtre, guérir ne suffit malheureusement plus : il faut prévenir. La prise de parole n’est désormais plus facultative, mais nécessaire pour soigner les blessures à leur racine. Il est impossible de recouvrir une plaie béante et infectée à l’aide d’un pansement rudimentaire. Il faut à présent dénoncer les causes des grandes souffrances de certaines populations.
Pas plus loin qu’au sud de la frontière, la santé est mise à mal. Aux États-Unis, le renversement de l’arrêt Roe v. Wade, qui garantissait le droit à l’avortement à l’échelle du pays depuis 1973, a créé une onde de choc. Cet événement a instauré un climat d’incertitude au cœur des cliniques d’avortement américaines, notamment celles situées dans les États aux grands électorats républicains, entraînant d’ailleurs la fermeture de plusieurs d’entre elles.
Pratiquer la médecine devient dès lors un acte de résistance. Il ne s’agit plus de prodiguer des soins, mais aussi d’assurer la protection des patients pris en charge. Nul ne sait quand viendra la prochaine fermeture d’établissement ou proposition de loi rétrograde. L’incertitude règne et la médecine n’est plus un droit : elle devient un privilège. Les professionnels de la santé doivent agir pour protéger les patients vulnérables.
De l’autre côté de l’Atlantique, les ONG peinent à garder le cap face au génocide à Gaza et aux politiques oppressives d’Israël. Début 2026, l’État israélien a ordonné l’expulsion de 37 d’entre-elles, incluant Médecins sans frontières, malgré leur rôle indispensable dans la distribution des vivres et l’octroi des services de santé. Et ce, malgré la situation catastrophique dans la bande de Gaza : des conditions météorologiques extrêmes, des campements de fortune et la poursuite des bombardements par l’armée israélienne ne constituent qu’un aperçu des horreurs auxquelles font face la population palestinienne.
Le serment
Chez nous, les citoyens québécois se heurtent à des salles d’urgences débordées et sous-financées. Les personnes en situation précaire peinent à se payer les services du secteur privé de la santé. Le documentaire Le serment d’Hippocrate, sorti en 2025, détaille les dédales administratifs auxquels se heurtent les immigrants souhaitant pratiquer la médecine au Québec. Bref, le système de santé, ici comme ailleurs, appelle à l’aide, chez les patients comme chez les professionnels. Jusqu’où pouvons-nous nous permettre le silence et la passivité quand tout s’effondre autour de nous ?
Malgré l’urgence criante, des vagues de réprimandes surgissent lorsque les médecins s’éloignent des discours conventionnels. Au beau milieu de ce tumulte, une phrase sort particulièrement du lot lors des discours rejetant la politisation du milieu : « Cesse de te mêler de la politique ». Début 2026, lorsque les médecins de Minneapolis exprimaient leurs frayeurs face à la présence de la police de l’immigration (ICE) dans les hôpitaux, des médias conservateurs tels que Fox News véhiculaient des histoires avec un biais anti-immigration, justifiant l’intervention policière et ignorant les inquiétudes du corps médical.
La santé
Toute sphère de la société est politique, et le corps médical ne devrait jamais craindre de représailles lorsque l’un de ses membres prend position pour l’amélioration de la santé.
« Mieux vaut prévenir que guérir » n’aura jamais été une maxime aussi d’actualité. Si le mutisme face aux injustices remporte la bataille, nous serons bientôt à court de pansements et de bandages à appliquer face aux dégâts causés par les bombes. Briser le silence représente ainsi le refus d’accepter l’inacceptable, le chaos et la souffrance. Et c’est là où réside un des plus grands principes de la médecine : le devoir de soigner et la protection de l’humanité, notre humanité, contre vents et marées.
Photo en haut : Crédit photo : Alexandr Podvalny
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