Un texte de Justine Boudreau | Dossier Politique
“Les femmes sont passées d’objets de recherche à sujets de recherche”, Francine Descarries.
Notre société québécoise croit peut-être qu’au Québec l’égalité entre les hommes et les femmes existe et elle n’a pas tout à fait tort, mais il y a encore du chemin à faire. Ce sont des détails tous bêtes, auxquels on ne réfléchit peut-être pas, mais qui sont des preuves qu’on n’est pas autant égaux qu’on peut le croire.
Plusieurs personnages féminins importants ont marqué le Québec, à leur façon, en se battant pour la place des femmes dans la société. On parle de Thérèse Casgrain, Simonne Monet-Chartrand, Madeleine Parent et beaucoup d’autres.
La Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada, aussi appelée la Commission Bird, a été présentée en 1970 avec plusieurs pistes de solutions pour l’égalité des sexes. Probablement un pas dans la bonne direction, mais ce n’est toujours pas assez pour le Québec. «La commission Bird n’était pas tant un gros évènement pour le Québec, c’étaient des statistiques qui nous ont permis d’avancer. C’était notre point de départ», explique la professeure émérite au département de sociologie de l’UQAM, Francine Descarries.
Selon elle, la Commission n’allait pas assez loin dans les termes utilisés. Plusieurs concepts importants y sont abordés sans trop l’être à travers un document présenté au gouvernement. Il est certain que les femmes qui l’ont construite voulaient faire attention. «Dans le rapport, on a toujours parlé d’inégalités, mais on n’a jamais abordé le terme “discrimination”. »
Par exemple, la contraception est abordée délicatement. “Il fallait plus que quelques recommandations sur la contraception, il fallait pouvoir l’enseigner. Les femmes pouvaient bien se penser égales aux hommes, mais sans l’accès à la contraception, elles n’avaient jamais le contrôle à 100% sur elles-mêmes”, indique Mme Descarries.
Ancré dans nos cerveaux
Toujours d’après Francine Descarries, on peut être féministe à tout coup. Cependant, des façons de penser sont installées dans nos cerveaux. Elles peuvent parfois nous faire croire le contraire. «Tout est dans la façon qu’on présente un concept. On peut penser aider la femme, alors qu’on la met en position inférieure. […] De plus, les femmes s’occupent encore majoritairement de la famille ou des tâches ménagères. Ces concepts sont ancrés en nous.»
Si on prend le métier d’infirmière, c’est un réflex de le dire au féminin, puisque ç’a toujours été comme ça : un métier de femme. Dans le rapport sur l’effectif infirmier et la relève 2020-2021, effectué par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), les infirmiers représentent 11,6% de l’effectif. «Dans le temps, un métier seulement pratiqué par les femmes était extrêmement dévalorisé aux yeux des hommes. C’est seulement quand les infirmières ont été syndiquées qu’il [le métier] a pris de la valeur», continue Mme Descarries.
Au contraire, la présidente du Conseil du statut de la femme, Louise Cordeau croit que tout concept pour aider les femme est un point positif pour le futur.
Une régression
En 2023, selon l’indice d’écart entre les hommes et les femmes du Forum d’Économie mondiale (FEM), le Canada se classait 30e sur la liste. L’indice englobe plusieurs facteurs, dont le salaire ou la participation en politique.
Un recul pour certains, puisqu’en 2020 le Canada se positionnait 19e sur la liste.
L’Observatoire québécois des inégalités a repris l’indice d’écart pour comparer les provinces du Canada. Le Québec se range deuxième, derrière la Colombie-Britannique, selon les chiffres de 2020, en raison des nombreuses femmes en politique. Ensuite, si le Québec avait été un pays, pris en compte par le FEM en 2020, il aurait été cinquième au rang mondial.
Le Québec est bien la dernière province à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1940, mais elle est celle qui aurait le plus évolué au cours des années.
Du chemin à faire
La province n’est pas parfaite et ne le sera peut-être jamais. “L’éducation des jeunes c’est la solution. On leur enseigne comment se comporter dans la société”, indique Louise Cordeau. En d’autres mots, le changement commence par les nouveaux parents ou les professeurs qui côtoient les enfants quotidiennement.
Mme Cordeau continue en mentionnant que tant qu’il y aura des traces de violence envers les femmes, que ce soient les féminicides ou la violence conjugale, on ne sera jamais tout à fait égaux. «Tout geste violent ne démontre pas une société égalitaire.»
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