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En situation d’itinérance

Par Anne Marie Parent | Dossier Éducation

Dans toutes civilisations, on définit les peuples par leur milieu de vie – habitat, environnement, logement –, puisque se mettre à l’abri est un besoin de base (voir notre chronique précédente sur les termes évoquant les lieux de résidence). Tandis que l’errance et l’absence de domicile sont perçues comme une situation marginale, témoignant d’une précarité extrême. Les noms pour qualifier ces gens qui vivent dans la rue sont variés. En voici quelques-uns.

Quêteux

Je commence par un mot qu’on entendait davantage aux 19e et 20e siècles. Ma grand-mère me racontait qu’autrefois, on mettait toujours un couvert de plus à table, au cas où un quêteux viendrait cogner à la porte pour demander à manger. Il y avait aussi un «banc du quêteux», surtout dans les fermes, qui s’ouvrait et dans lequel il y avait une couverture, pour les gens pauvres ayant besoin de passer la nuit au chaud, couchés sur le banc.

Le mot quêteux, attesté en 1810, vient de quête (nom) et quêter (verbe), ou queste et quester, à l’origine en 1150. Le verbe est dérivé du latin quaerere (chercher, quérir). 

Itinérant

À ses débuts, le mot itinérant avait une signification moins péjorative : il qualifiait simplement une personne sur la route, qui voyage. Son étymologie, en 1873, vient du participe présent itinerans du verbe latin itinerari, «voyager». On entend encore l’expression «vendeur itinérant», justement dans ce sens : «qui se déplace dans l’exercice de ses fonctions». 

De nos jours, au Québec, ce mot reflète la situation des personnes se retrouvant à la rue. En France, on emploie plutôt l’expression SDF, pour «sans domicile fixe».

Sans abri

On peut l’employer comme un nom, «un sans-abri», ou comme un qualificatif : une personne sans logis, ou sans abri. Issu du bas latin apricare (12e siècle) signifiant «chauffer au soleil», le verbe abrier puis abriter a pris le sens de se mettre au chaud. Le sans-abri n’a pas cette chance…

Clochard

Le mot clochard (1928) est construit à partir du verbe clocher, du latin populaire cloppicare (boîter) – d’où provient «clopin-clopant» – et du suffixe –ard, qui ajoute une connotation péjorative (comme dans chauffard, vieillard, motard…).

Mendiant

Le mot mendiant (12e siècle) est issu du latin mendicare, «demander l’aumône, mendier». Ce verbe provient de la racine indo-européenne menda, «défaut, infirmité». À l’origine, ce sont les gens infirmes qui étaient réduits à demander de l’aide pour survivre.

Vagabond 

Emprunt du mot latin vagabundus, «vagabond, errant» (attesté en 1382), lui-même dérivé de vagari, «errer, aller çà et là», le vagabond est une personne qui n’a pas d’attache. On emploie aussi ce mot comme adjectif, évoquant une certaine liberté : humeur, existence, pensée vagabonde… 

Robineux

À la fois un québécisme et un anglicisme, le mot robineux est apparu en 1954, mais il est moins usité de nos jours. Qualifiant les «clochards alcooliques», il provient du mot robine, alcool de mauvaise qualité (comme dans «sentir la robine» : empester l’alcool). Et l’anglicisme, il est où? De rubbing alcohol… oui, des bouteilles d’alcool à friction, qui étaient, semble-t-il, la boisson alcoolisée la moins chère que les itinérants pouvaient s’offrir. 

En situation d’itinérance
Illustration : Iris Dugauquier

Expression «Faire la manche»

Signifiant «quêter», l’expression «faire la manche» est couramment utilisée en Europe depuis le 18e siècle, en Italie puis en France. Au Moyen Âge, une manche était un gant de femme. Le mot provient de manica, dérivé de manus (main). On raconte que les dames retiraient leur manche pour l’offrir aux chevaliers qui se battaient en leur honneur, durant les tournois. Donc recevoir une manche était comme un cadeau, une récompense, un pourboire, en quelque sorte.

Faire la manche a pris le sens de demander un petit quelque chose en échange d’un exploit. On l’emploie d’abord à propos des amuseurs publics et autres saltimbanques, qui passaient le chapeau pour récolter quelques pièces de monnaie après leur tour de chant ou acrobatie. L’expression de nos jours s’est étendue à toute forme de quête et de mendicité. 

Sources : Dictionnaire étymologique de la langue française, Presses universitaires de France; usito.usherbrooke.ca/; dictionnaire-academie.fr/; linternaute.fr/; expressio.fr/


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