Colin McGregor | Dossier Santé Mentale
L’étude Les jeunes et la sécurité à Montréal : perceptions et expériences de l’espace public, réalisée par le Conseil jeunesse de Montréal (CjM) explore comment les jeunes définissent et vivent la sécurité dans l’espace public montréalais.
Pour les 12 à 30 ans figure le sentiment d’insécurité dans les espaces publics, susceptible de provoquer de l’inconfort et de la peur. Les expériences varient fortement selon le genre, l’identité et le quartier de résidence.
Connaître son quartier renforce la perception de sécurité. Les bibliothèques et les établissements culturels et sportifs (musées, piscines municipales, etc.) sont, par exemple, perçus comme des milieux sécuritaires.
À l’inverse, les rues, les ruelles, les trottoirs et le métro figurent parmi les espaces les plus souvent associés à un sentiment d’insécurité.
Les femmes et les personnes non binaires se sentent plus en sécurité dans leur propre arrondissement. De plus, elles rapportent davantage de harcèlement de rue ainsi que des restrictions à leurs déplacements.
Selon le président du CjM de 2025, Kevin Martinez : « Les jeunes considèrent l’accès à des tiers-lieux sûrs et connus où il y a du monde comme un facteur sécurisant. Les lieux isolés et sombres, où il y a peu d’aménagements, sont plutôt considérés comme à risque, alors que ceux qui favorisent une certaine socialisation et une structure de règles communes permettent aux personnes de se sentir plus en sécurité. »
Le sentiment d’insécurité peut être exacerbé au point de pousser certains jeunes à entrer dans un état d’hypervigilance corporelle et mentale. Ce sentiment est vécu différemment selon l’identité de genre et l’âge ainsi que par les groupes dits minoritaires. Les femmes, les filles, les personnes issues de minorités visibles se sentent plus vulnérables que les garçons et les hommes consultés.
Menaces potentielles
Selon la consultation du CjM, les enjeux jugés les plus insécurisantspar les jeunes sont, par ordre d’importance :
• L’itinérance, les campements et la crise du logement;
• La présence de personnes en situation de crise;
• Les drogues illégales;
• Les déplacements et les transports;
• Le harcèlement de rue et la violence à caractère sexuel.
Un jeune de 12-13 ans de Rosemont-La Petite-Patrie, cité dans le rapport, raconte : « Les itinérants partout au centre-ville (aux bouches des stations de métro, dans la Grande Bibliothèque, dans les rues, qui quêtent, les gens qui sont intoxiqués par les drogues) me font peur. »
Les personnes en situation de handicap associent les facteurs, tels que l’éclairage urbain, la propreté et la présence policière, à leur sentiment de sécurité. Pour les personnes issues de minorités visibles, leur sentiment de sécurité passe également par l’éclairage urbain et la propreté, ainsi que par la « cohabitation sociale », c’est-à-dire le sentiment de vivre avec d’autres personnes dans un contexte urbain.
Insécurisante, la police ?
Plus de la moitié des jeunes issus de minorités visibles associent l’accessibilité universelle à un sentiment de sécurité. En revanche, 23% d’entre eux considèrent l’absence de policiers comme un facteur plutôt insécurisant. « Les résultats de cette consultation rappellent l’urgence d’agir sur les causes sociales et urbaines de l’insécurité, afin que les jeunes puissent s’approprier leur ville et y prendre leur place », a rappelé Gaëlle Guillaume, présidente actuelle du CjM, par voie de communiqué.
Kevin Martinez ajoute : « Dans notre consultation, on peut voir que le sentiment d’insécurité est particulièrement présent chez les femmes et les filles, qui développent des stratégies d’hypervigilance ou des méthodes de défense, telles que faire semblant de parler au téléphone en marchant, marcher avec son porte-clés de façon à être prêtes à se défendre, éviter certains endroits à certaines heures ou carrément restreindre leurs déplacements. Cela affecte donc leur liberté. »
Les femmes et les filles ont participé en grand nombre à cette consultation, représentant presque deux tiers (64 %) des répondants.
Pour consulter le rapport : https://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/cons_jeunesse_fr/media/documents/rapport_sentiment_de_securite.pdf
L’hypervigilance
La Dre Susan Albers, psychologue à la Cleveland Clinic en Ohio, décrit l’hypervigilance comme un état d’alerte accrue et involontaire où le cerveau scrute constamment l’environnement à la recherche de menaces potentielles. Il s’agit d’un mécanisme de survie naturel, fréquemment observé comme symptôme principal d’un traumatisme, d’un syndrome de stress post-traumatique ou d’une anxiété chronique.
Cela peut aussi se manifester par un évitement des foules ou par une tendance à s’asseoir systématiquement dans un coin, face aux sorties.
La Dre Albers explique : « Parfois, une personne est simplement plus attentive à son environnement ou aux sentiments des autres, mais si l’hypervigilance est chronique ou grave, il s’agit généralement d’un symptôme d’un trouble mental. »
Symptômes
Physiques : Accélération du rythme cardiaque, respiration superficielle, tension musculaire, pression artérielle accrue et réflexe de sursaut.
Cognitifs : Difficultés de concentration, pensées qui s’emballent et tendance à envisager le pire.
Émotionnels : Anxiété importante, irritabilité, difficultés à faire confiance et refoulement de ses propres besoins afin d’éviter les conflits.
Source : Cleveland Clinic
Photo en haut : Kevin Martinez Crédit photo : Kevin Calixte