Par Colin McGregor | Dossier Criminalité et Milieu carcéral
Avec la pénurie de main-d’œuvre actuelle, nous pourrions penser qu’il serait plus facile pour une personne ayant un casier judiciaire de trouver un emploi. Mais la réalité est tout autre. Selon le rapport publié par la Société John Howard, le marché du travail est toujours difficile d’accès pour ces adultes, même si le crime commis n’est pas suffisamment grave pour mériter une peine de prison.
De nombreuses entreprises ne sont pas disposées à embaucher des personnes avec des antécédents judiciaires. Même si elles possèdent les compétences ou l’expérience nécessaires pour le poste.
Une étude menée auprès de 400 gestionnaires canadiens à l’embauche démontre que les trois quarts n’ont jamais embauché quelqu’un ayant un casier judiciaire, alors que Statistique Canada décompte plus de 700 000 postes vacants à travers le pays.
Les employeurs ont une perception négative des personnes ayant un casier judiciaire, alors que ces mêmes personnes se disent généralement favorables à la réintégration.
La moitié des répondants n’embauchent pas un candidat dont la vérification du dossier juridique révélait un résultat positif.
Des perceptions négatives des personnes interrogées sont fondées sur des stéréotypes et des hypothèses, plutôt que sur des expériences personnelles directes.
Selon le New York Times, 60 % des ex-détenus américains seraient encore au chômage un an après leur sortie de prison, bien qu’il y ait deux offres d’emploi pour chaque chômeur dans le pays.
Les emplois très exigeants physiquement ont des postes constamment disponibles, telles que sur un chantier ou dans un entrepôt. Mais cela requiert une certaine forme et des compétences physiques.
La situation au Québec
Selon l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), un Québécois adulte sur sept a un casier judiciaire. Ce qui représente environ 900 000 personnes.
David Henry, directeur général de l’ASRSQ, confirme que les mêmes préjugés existent au Québec.
« Les deux tiers des employeurs signalent qu’ils ne sont pas prêts à engager quelqu’un avec un casier judiciaire, peu importe le délit, et ce, malgré la pénurie de main-d’œuvre! » dit Henry.
La grande majorité des délits qui constituent un casier juridique sont de petits crimes, comme possession des stupéfiants.
Un employeur a le droit de se renseigner sur les antécédents judiciaires d’un candidat. Néanmoins, la Charte des Droits et Libertés du Québec est très claire sur le sujet. Selon l’article 18,2, explique Henry, « on ne peut congédier ou refuser l’embauche à cause d’un casier judiciaire s’il n’y a pas de lien entre le délit et l’emploi ».
Quelqu’un condamné pour pédophilie devrait être refusé dans une garderie. Mais si quelqu’un condamné pour possession de stupéfiants cherche un emploi dans une usine, l’employeur ne peut pas le discriminer. Il est toutefois très difficile de prouver qu’on se fait discriminer.
Henry précise que les études américaines démontrent que « le fait d’avoir un casier judiciaire réduit de moitié la probabilité d’avoir un emploi. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’opportunités. Ça veut dire qu’il faut envoyer deux fois plus de CV et faire deux fois plus d’entrevues pour en trouver un. »
Ça prend du temps, mais c’est possible de trouver un emploi avec une feuille de route criminelle.
Autres difficultés
De plus, un casier judiciaire vous empêche de voyager aux États-Unis et dans plusieurs pays, selon la nature du délit. À la fin de sa libération conditionnelle, la personne avec un casier judiciaire peut demander un passeport, sauf si sa peine contient une clause l’interdisant.
Certains propriétaires exigeront une vérification du casier judiciaire avant de signer un bail et pourraient refuser votre demande de location. Il est aussi très difficile d’être assuré avec un casier judiciaire.
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Une rencontre fortuite avec un détenu d’une prison fédérale a conduit Colin McGregor, diplômé en philosophie, journaliste condamné à perpétuité, à envoyer un court article improvisé à Raymond Viger, éditeur du magazine Reflet de Société.
C’était en 2009. Leur collaboration, aidée par les membres de l’équipe de Raymond à Reflet de Société, a donné naissance à des années d’articles de l’intérieur expliquant aux lecteurs ce qu’était la prison.
Colin est sorti de prison en 2020 après plus de 29 ans derrière les barreaux. À partir de 2021, il a commencé à travailler à Reflet de Société. Vue de ma cellule est un recueil de ses écrits carcéraux. Des récits bruts. Souvent touchant, parfois instructif, jamais ennuyeux.
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