À hauteur d’enfant : les livres de Geneviève Guilbault

Par Oumou Diakité | Dossier Culture et Famille

Dans l’univers foisonnant de la littérature jeunesse québécoise, Geneviève Guilbault s’est taillée une place singulière. Ancienne éducatrice, passionnée par les mots et l’imaginaire, elle écrit pour les enfants avec sincérité, fantaisie, grande sensibilité et avec une adaptabilité aux réalités de la jeunesse d’aujourd’hui. Ses livres se veulent à la fois des tremplins vers l’imaginaire et des miroirs où les jeunes lecteurs peuvent reconnaître leurs propres défis.

Tout a commencé par une histoire écrite pour son fils. « En vieillissant, il refusait de lire des livres sans illustrations. Mon défi a été d’inventer une histoire qui collait à ses goûts — action, aventure, péripéties — pour stimuler sa créativité même sans images », raconte-t-elle.

Derrière ce geste se dessine déjà une vision : donner le goût de lire en s’adaptant à l’enfant, plutôt qu’en lui imposant des codes.

Cette première expérience personnelle a ouvert la voie à une démarche littéraire plus large. Aujourd’hui, ses récits circulent dans les écoles et les bibliothèques, nourris à la fois de son vécu familial et de son contact quotidien avec les jeunes.

L’inspiration des jeunes lecteurs

Particularité de ses ouvrages : ils ciblent des tranches d’âge très précises, parfois à l’année près. Un choix assumé, mais qui ne doit pas être perçu comme une barrière. 

« C’est une décision que l’on prend avec ma maison d’édition. Un livre 8 ans +, par exemple, est surtout une indication. Un enfant de 7 ans qui lit bien peut tout à fait l’apprécier », explique Geneviève. 

La nuance se joue dans la longueur des phrases, le vocabulaire choisi, l’intensité des thèmes abordés. En d’autres mots, une manière de s’adresser à chaque enfant avec la juste voix.

Si ses histoires résonnent avec autant de justesse, c’est sans doute parce que Geneviève se nourrit constamment du contact direct avec les jeunes. Elle anime régulièrement des rencontres scolaires et des ateliers en bibliothèque, qui deviennent pour elle des laboratoires d’idées. 

« Le contact avec les jeunes est ma meilleure source d’inspiration. Ils me donnent plein d’idées. C’est leur univers que j’essaie de refléter, avec sincérité et humour. »

La série Gigi de la lampe (Andara Éditeur) illustre bien cette démarche. Aventureuse et colorée, elle a suscité des retours particulièrement enthousiastes. « Beaucoup de parents m’ont écrit pour me dire que leurs enfants avaient dévoré le livre », confie-t-elle. 

Il y a aussi la série Ty-Guy la puck (Andara Éditeur) qui, elle, ose aborder des thèmes sensibles : l’homosexualité dans le monde du hockey, la pression de la performance, les troubles alimentaires. Des sujets parfois tabous, mais intégrés avec délicatesse dans des univers où les enfants se reconnaissent.

Depuis ses débuts, l’auteure a mûri, mais elle revendique une continuité dans son approche. « Je suis certaine d’avoir évolué, mais je n’ai pas changé le côté fantaisiste et magique. Même si la jeunesse change, je tiens à garder ma plume », affirme-t-elle. Son écriture reste un espace de liberté, de rêve et de découverte, fidèle à l’esprit de ses premiers textes.

Offrir de la lecture

À ceux qui prétendent que les jeunes ne lisent plus, Geneviève oppose un constat clair : « C’est faux. Ils sont encore très intéressés… et très intéressants. » Selon elle, le secret réside dans la liberté. Forcer un enfant à lire un livre, c’est risquer de le détourner à jamais de la lecture. 

« La découverte de la littérature passe par la joie. Il faut laisser les enfants choisir. Une lecture obligée ne donne pas envie de continuer. Proposons-leur des sélections variées, plutôt que des prescriptions. »

Lorsqu’on écrit pour la jeunesse, faut-il faire rire ou faire réfléchir ? Pour Geneviève, l’équilibre est essentiel. « En ce qui me concerne, je dirais que c’est du 50/50. Mais je ne veux surtout pas être moralisatrice », précise-t-elle. Ses récits cherchent autant à faire voyager qu’à semer des graines de réflexion, toujours avec un ton accessible.

Une passion qui se poursuit

Guidée par ses valeurs et ses intuitions, Geneviève choisit ses personnages et ses thèmes en se posant une question simple : qu’aurais-je aimé lire à cet âge-là ? Ses histoires se construisent comme des passerelles entre sa propre enfance et celle des jeunes lecteurs d’aujourd’hui.

« J’ai du plaisir à écrire et je vais continuer. Les jeunes me le rendent bien », conclut-elle. Dans un monde où la lecture est parfois menacée par la multiplication des écrans, sa voix rappelle que la littérature jeunesse reste un espace vital d’imagination, de dialogue et de liberté.

Plus loin dans la conversation, le thème de l’entrepreneuriat jeunesse surgit. Je lui rappelle d’abord la règle en vigueur, qui interdit le travail en dessous de 14 ans. Geneviève, aussitôt, parle de l’importance de laisser aux enfants un temps pour grandir, expérimenter et vivre leur jeunesse en dehors des obligations scolaires ou professionnelles. 

Selon elle, chaque âge a ses étapes, et l’expérience entrepreneuriale peut être positive, mais seulement lorsqu’elle arrive soutenue par une envie personnelle et au moment opportun.

Être écrivaine

Le métier d’écrivain est marqué par une forte précarité : même en écrivant beaucoup, il faut souvent de longues années avant de pouvoir en vivre réellement. Geneviève Guilbault en est un exemple parlant : ce n’est qu’après son vingtième livre — sur près de 140 publiés — que ses revenus ont commencé à être vraiment confortables. Cette réalité rappelle que publier ne garantit pas automatiquement le succès : il faut se construire un lectorat fidèle, gagner en visibilité, accepter un rythme de travail exigeant et naviguer dans un marché du livre très compétitif. Être écrivain demande ainsi de tenir bon, malgré l’incertitude, pour espérer que la passion finisse par payer.

Crédit photo : Genviève Guilbault


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Oumou Diakité
Oumou Diakité
Oumou Diakité est journaliste, auteure et créatrice de contenus basée à Montréal. Issue d’une formation en communication plurimédia (IGC Business School) et détentrice d’un DESS en journalisme de l’Université de Montréal, elle développe une écriture à la croisée du documentaire, du narratif et de l’engagement social pour ses travaux journalistiques. Elle débute dans les domaines de la communication digitale et du marketing éditorial en 2022, notamment en tant qu’assistante marketing digital chez Ouest-France. Parallèlement, elle affine son identité de rédactrice engagée au sein du média Les Raisonné.e.s, où elle conçoit des campagnes centrées sur des enjeux de responsabilité sociétale, identitaire et environnementale. Elle y développe une approche sensible du branding éditorial en mobilisant des techniques d’écriture narrative et inclusive. Dès 2022, Oumou Diakité est nommée journaliste éditorialiste pour Metaverse Tribune, où elle couvre des événements professionnels, mène des entretiens et développe de nouveaux formats numériques. Elle rejoint en mai 2025 l’équipe de Reflet de Société / Journal de la rue comme journaliste terrain en traitant des sujets liés à l’inclusion, à la précarité et à la jeunesse, dans une perspective humaine et sociale. Et il y a bien d’autres thématiques. Auteure du recueil de nouvelles Journal (im)personnel publié aux éditions Le Lys Bleu, Oumou explore la scène artistique en signant une adaptation théâtrale de ce texte jouée à Montréal. Elle dirige en parallèle racont ars, un média personnel où elle documente, à travers reportages et portraits, les récits de vie et les mondes imaginaires souvent absents des grands circuits médiatiques. Oumou Diakité maîtrise le français (langue maternelle), l’anglais et l’espagnol (niveaux intermédiaires), sait lire et écrire l’arabe.

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