Oumou Diakité | Dossier Société
Au Café-Jeunesse Multiculturel, les jeunes dits « à problème » sont d’abord des jeunes à écouter. Depuis presque 50 ans, l’organisme communautaire de Montréal-Nord travaille auprès de jeunes marginalisés souvent absents des espaces institutionnels traditionnels.
« On veut mettre la lumière sur la réalité des jeunes exclus et marginalisés, explique Slim Hammami, coordonnateur de l’organisme. Souvent, personne ne veut les voir chez eux. On les considère comme des délinquants. »
Sortir de l’enfermement social
Pour Hammami, la marginalisation ne se résume jamais à une seule difficulté. Elle touche l’école, l’emploi, la santé mentale, le logement, les relations familiales et même le rapport à l’avenir. « On dit aux jeunes qu’il existe des opportunités, mais beaucoup n’y ont pas accès. »
Slim Hammami souligne que des programmes sociaux existent sans rejoindre réellement les populations visées.
« Les besoins sont multiples : écoute, accompagnement, parfois jouer au grand frère ou au père de substitution. Quand on est exclu, on finit par s’enfermer soi-même. » L’objectif du Café est donc de reconnecter ces jeunes à une projection positive d’eux-mêmes.
Humaniser les trajectoires
L’organisme a choisi de donner directement la parole aux jeunes concernés. Slim Hammami rappelle que ces espaces d’expression restent rares.
« Le fait de leur donner la parole est salvateur », affirme-t-il. On parle souvent des coups de feu comme de faits divers. Mais derrière, il y a des jeunes traumatisés, des familles, des proches aidants. »
Certains jeunes grièvement blessés qui, malgré leur passé judiciaire, demeurent avant tout des victimes ayant besoin d’accompagnement.
Présence sur le terrain
Le travail repose surtout sur la proximité quotidienne avec les jeunes.
« Notre objectif est d’offrir aux jeunes un lieu où ils puissent se retrouver, être accompagnés et participer à des activités. » Le centre leur donne un espace de socialisation à l’écart de la rue.
« Avant, la seule reconnaissance institutionnelle qu’ils avaient, c’était la police avec des arrestation ou les contraventions. »
Cette proximité a permis à l’organisme de mettre sur pied une clinique multiculturelle en santé mentale. « Les jeunes fréquentent beaucoup cette clinique, souligne-t-il. Les grands gaillards ont aussi leurs fragilités… »
Changer le récit
Pour Slim Hammami, l’enjeu concerne aussi l’image constamment associée au quartier. « Montréal-Nord n’est pas que le crime », insiste-t-il.
Depuis 2009, l’organisme tient notamment une fête du drapeau haïtien afin de valoriser positivement la communauté. L’événement rassemble aujourd’hui plusieurs milliers de personnes.
« Après les émeutes, on voulait montrer qui nous sommes vraiment, pas ce que les gens racontent de nous. » Pour le coordonnateur, les solutions aux enjeux sociaux doivent aussi venir directement des quartiers concernés.
« À Montréal-Nord, il y a des expertises, des idées et des solutions, affirme-t-il. Il faut construire avec les jeunes et les résidents, pas seulement depuis les grands bureaux ministériels. »
Illustration en haut : Crédit : Mathilde Serpaggi